Allocution du Premier Conseiller de l’Ambassade des États-Unis – Déplacement de populations, migration et traite de personnes

Adjoint au Chef de Mission, Madame Boustani
Allocution d’ouverture
Déplacement de populations, migration et traite de personnes: quelle couverture par mes médias ?

1er février 2019 – Hôtel Ndiambour – 09h30

(Telle que préparée)

 

Monsieur le Secrétaire général du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (SYNPICS),
Chers Formateurs,
Chers Participants,
Chers Invités,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord vous souhaiter la bienvenue à tous. Je suis ravi que nous ayons pu organiser cet atelier et que vous ayez pu venir aussi nombreux des quatre coins du Sénégal. Je sais que vous êtes tous très occupés et je vous remercie d’avoir pris le temps de venir. Na ngeen def.

Au cours des deux prochains jours, vous allez examiner en profondeur certaines questions qui affectent directement le Sénégal et la région. La migration économique, la traite des personnes, les demandeurs d’asile, les réfugiés… Toutes ces questions renvoient à des préoccupations très concrètes. Qu’il s’agisse de réfugiés venus de Mauritanie dans le nord du pays, de ceux qui ont fui la violence en Casamance il y a des décennies et se trouvent à présent en Guinée-Bissau ou déplacés internes, ou encore des enfants qui font l’objet de traite dans le pays ou de traite transfrontalière aux fins de mendicité – tous ces problèmes urgents demandent que les journalistes enquêtent.

Nous avons entendu des histoires terribles de jeunes gens qui ont dépensé des centaines de milliers de francs CFA pour tenter d’atteindre l’Europe, en rêvant d’une vie meilleure avec des perspectives d’emploi, pour se trouver coincés, sans pouvoir ni revenir chez eux ni aller de l’avant. Nous avons eu connaissance des horreurs de l’esclavage en Libye ou des embarcations qui chavirent en Méditerranée. Mais qu’est-ce que le départ de milliers et de milliers de Sénégalais signifie pour leurs familles ?  Pour le Sénégal, qui risque de perdre une génération de jeunes ? Pour que cela change, il est capital de couvrir ces tristes nouvelles dans une perspective sénégalaise. Le journalisme peut inciter les communautés, voire même le gouvernement, à trouver une solution.

Vous entendrez aussi parler de la traite des migrants et du fait que la traite des personnes couvre tout un éventail de situations, par exemple lorsque des personnes sont forcées de se déplacer d’un endroit à un autre, lorsque des personnes sont amenées à croire qu’elles auront un travail légitime alors qu’en fait, elles sont mises en situation de travail forcé ou prostituées, et lorsque des enfants sont contraints de travailler ou de mendier. Le trafic de migrants et la traite des personnes sont des questions distinctes, mais le grand public fait souvent l’amalgame entre les deux, et il est important de bien comprendre la différence car elles requièrent des réponses très différentes.

Ce ne sont pas des questions spécifiques au Sénégal, mais toutes affectent le Sénégal.

Beaucoup de journalistes étrangers, qui font des reportages sur la migration dans le monde et sur les réfugiés, bien souvent ne racontent pas toute l’histoire et ne font que couvrir la propagande qui y est associée. Ils n’ont pas les clefs sociales et culturelles des journalistes locaux pour comprendre ces problématiques.

Mais ce sont autant d’occasions manquées, car en définissant le problème, puis en rendant compte de ses conséquences, des solutions émergeront. Des discussions seront amorcées. Une meilleure compréhension des faits amène de meilleures solutions.

Je voudrais remercier les remarquables formateurs de cet atelier. Antonia Carrion et Hamidou Tidiane Sy. Et je voudrais remercier le Secrétaire général du Synpics, Ibrahima Khalil Ndiaye, ainsi que Sarah Bushman, la responsable de la production d’IREX, qui a travaillé avec le Département d’État et notre Ambassade pour mettre sur pied cet atelier de formation.

Enfin, je voudrais saluer le travail important que vous faites et que d’aucuns qualifieraient même d’essentiel. En Amérique, nous disons que les journalistes ont un pouvoir de contrôle du gouvernement, car vous avez une grande influence sur la société et le système politique, à travers vos recherches et vos mots.

Comme l’avait déclaré Albert Camus : « La presse libre peut sans doute être bonne ou mauvaise mais, assurément, sans la liberté, elle ne sera que mauvaise. »

Lorsque les gens ne savent pas ce qui cause un problème, ils ne savent pas comment le résoudre. Lorsque les gens ne disposent pas des faits, ils les fabriquent.  Et cela crée des environnements instables, gros de rumeurs, de commérages et de mensonges.

Et vous, en tant que reporters, vous vous assurez que cela n’arrive pas, en fournissant des informations, en faisant des recherches, en procédant à des interviews et en sensibilisant le public. Vous êtes des enquêteurs.

C’est à la fois un fardeau et une opportunité en tant que membres de la société civile. Vous mettez de la lumière là où il risquerait d’avoir de l’ombre ; vous éclairez les gens là où il y a de la confusion. L’une de vos tâches les plus importantes est de combler les blancs dans des histoires souvent compliquées et complexes, afin que les citoyens ordinaires puissent se faire une opinion éclairée et mieux saisir le statu quo et les décisions prises qui, au final, auront un impact direct sur leurs vies.

Je vous félicite d’être prêts à relever le défi et j’espère que vous repartirez de cet atelier avec de nouveaux amis, de nouveaux contacts et de nouvelles idées de reportage.