Remarques au CESTI – Université Cheikh Anta Diop, Dakar

Monsieur le Directeur du CESTI (Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information),

Chers Membres du Corps Professoral,

Chers Etudiants,

Mesdames, Messieurs,

Bonjour. Je voudrais vous remercier tous d’être venus ici aujourd’hui. Je suis ravi de parler avec vous aujourd’hui et de répondre à vos questions. Tout d’abord, je tiens à adresser mes sincères félicitations au Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI) à l’occasion de son cinquantième anniversaire.

Le CESTI jouit d’une excellente réputation dans la région et vous préparera parfaitement, j’en suis certain, à votre futur métier de journalistes.

Pour commencer, je voudrais juste vous dire tout le respect que j’ai pour votre choix du métier de journaliste. Ma sœur, Barbara, est elle-même journaliste en Californie. Je suis fier de son rôle dans la sensibilisation du public aux Etats-Unis.

Les journalistes sont essentiels dans toute démocratie en bonne santé. En effet, vous assurez la surveillance des gouvernements élus. Vous êtes la voix de ceux qui ne peuvent pas parler. Vous cherchez la vérité lorsque personne ne veut l’entendre. Des Panama Papers d’aujourd’hui au scandale du Watergate des années 1970, le fait que les journalistes puissent exercer leur métier, écrire et parler librement et rigoureusement ne peut qu’être bénéfique pour la société.

Votre travail en tant que journalistes est important dans une société ouverte et démocratique. Ces valeurs démocratiques sont illustrées par une presse ouverte et font partie du fondement des relations étroites entre le Sénégal et les Etats-Unis. Je suis ici pour discuter de nos relations bilatérales et du rôle important que vous – les jeunes – jouez déjà dans l’avenir du Sénégal. Il y a un proverbe qui dit : les actions valent mieux que tous les discours.

La jeunesse du Sénégal représente l’avenir de la nation. Vous faites preuve d’un potentiel énorme en matière d’amélioration de l’économie, de renforcement de la démocratie, de lutte contre l’extrémisme ou de promotion des droits de l’homme.

La jeunesse sénégalaise, qui représente plus de soixante pour cent de la population, constitue un énorme potentiel pour l’évolution du pays. Cela me fait chaud au cœur de rencontrer des jeunes gens qui contribuent à ce progrès et je voudrais partager avec vous quelques histoires pour illustrer mon propos.

Le Development sur le Plan Economique

Je voudrais dans un premier temps parler de la croissance économique, qui dépendra de la génération à venir. Aux Etats-Unis, on les appelle les Millennials, la génération du Millénaire ; ce sont les personnes qui sont nées entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990 et qui font désormais partie intégrante du marché du travail. Cette génération a grandi dans un monde technologique et un univers de plus en plus connecté, au sein des réseaux sociaux.

Votre génération, celle du Millénaire, est donc très différente des générations qui l’ont précédée et elle porte un regard différent sur le monde. Peut-être qu’en raison de l’immense potentiel qu’apportent ces technologies, les Millennials attendent davantage et sont enclins à faire plus pour rendre le monde meilleur. Ainsi, je pense que l’esprit d’entreprenariat au Sénégal est un signe fort que votre génération ne se contentera pas simplement de trouver du travail. Vous voudrez avoir un travail intéressant. Vous voudrez créer et diriger vos propres entreprises. En créant de petites entreprises, vous allez contribuer à l’élan économique.

Je voudrais vous faire part brièvement de l’histoire d’un entrepreneur sénégalais, une femme du nom de Mame Khary Diene, que j’ai le plaisir de connaître. En 2007, elle a commencé la création de produits de beauté naturels au Sénégal et, après un succès initial, elle a cherché à exporter aux Etats-Unis. Elle a été confrontée à des difficultés, mais elle s’est montrée pleine de ressources. Elle a persévéré et développé des relations avec des coopératives de femmes dans la région de Kédougou, où sont produits le beurre de karité et les autres ingrédients de ses produits. Elle a finalement réussi à exporter en Amérique. Aujourd’hui, elle est à la tête des Laboratoires Bioessence et j’ai visité la coopérative de Kédougou, qui emploie des femmes auparavant sans emploi.

Pour prendre un autre exemple, pas plus tard que la semaine dernière, nous avons organisé un atelier dans le cadre de l’Initiative GIST (Global Innovation through Science and Technology), qui a regroupé 56 jeunes entrepreneurs d’Afrique de l’Ouest. Ils devaient trouver des solutions pour répondre aux défis économiques et développementaux. Les produits et les idées qu’ils ont proposés étaient vraiment innovants. Par exemple, un Sénégalais a mis au point une application mobile permettant à des conducteurs et des passagers de se connecter pour faire du covoiturage. Un autre a créé une plateforme où les agriculteurs vivant en dehors de la ville de Dakar ont des informations en temps réel leur permettant de savoir où leurs produits sont demandés et quand le prix sera le plus favorable. Nous suivons leurs progrès, ainsi que ceux des dix autres entrepreneurs sénégalais, et nous espérons qu’ils trouveront bientôt le financement dont ils ont besoin pour introduire leurs produits sur le marché.

Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) sont les moteurs de la prospérité dans presque toutes les économies ; elles sont la force vive de la création d’emplois, des ventes et, espérons-le, des exportations.  Qu’il s’agisse de l’entreprise Bioessence de Mame Khary ou des futures entreprises des participants de l’Atelier GIST, ce sont les innovations qui seront le moteur de l’économie.

En 2010, le Président Obama a créé un programme destiné à stimuler le potentiel de la jeune génération, à travers l’Initiative YALI (Young African Leaders Initiative). Au cours des deux dernières années, une trentaine de jeunes leaders sénégalais ont passé entre six et huit semaines dans des universités aux Etats-Unis, dans le cadre de programmes de formation professionnelle au monde des affaires, à l’administration publique et la société civile.

Ce qui est vraiment bien avec le programme YALI, c’est qu’il investit dans des personnes qui innovent et font vraiment des choses incroyables.

Parmi ces personnes, je voudrais mentionner El Hadji Abou Gueye. Originaire de Guédiawaye, il est allé à Cincinnati, dans l’Ohio, et à Fayetteville, dans l’Arkansas, dans le cadre du programme de l’administration publique YALI 2014. De  retour au Sénégal, il a créé Banlieue Up, pour améliorer l’environnement matériel, mental et économique de sa banlieue, une zone où le chômage des jeunes et les préoccupations par rapport au recrutement des terroristes sont particulièrement aigues. Il a commencé par répondre aux besoins fondamentaux, en aidant à la construction du premier système de filtration d’eau dans le quartier.

Aujourd’hui, la communauté utilise le nouveau système de filtration pour recycler l’eau, ce qui permet d’économiser de l’argent, de protéger l’environnement et de créer des emplois.

Des gens comme El Hadji Abou sont l’avenir du Sénégal. Avec les bons outils et les opportunités adéquates, il a redonné à sa communauté et a réalisé un changement positif tout en créant un nouveau business.

Le Renforcement de la Democratie

En politique également, les jeunes gens comme vous ne se satisfont pas du statu quo. Je pense à Y’en a Marre et aux journalistes qui ont joint leurs forces pour rendre le gouvernement comptable de ses actes et inscrire les jeunes sur les listes électorales.  Leur influence est allée au-delà du Sénégal et a stimulé d’autres demandes de réformes.  En 2015, ils ont été actifs au Burkina Faso et en République démocratique du Congo, partageant la tradition du Sénégal de participation active des citoyens et d’activisme social responsable chez les jeunes.

Lutte Contre L’extremisme

Si les idéaux de démocratie peuvent traverser les frontières, malheureusement, c’est également le cas pour la menace que représente l’extrémisme violent.

Les attaques qui ont eu lieu au Burkina Faso, au Mali et en Côte d’Ivoire nous ont montré qu’aucun pays n’est à l’abri du terrorisme ; c’est une menace globale. Le seul moyen de faire face à ces menaces est de joindre nos forces. Les Etats-Unis ont agi en partenariat cette année, notamment dans le cadre d’exercices militaires conjoints à l’échelle régionale, tels que Flintlock, pour favoriser la préparation à la lutte contre l’extrémisme violent où qu’il surgisse.

Votre président, votre gouvernement et votre société civile ont condamné le terrorisme avec la plus grande fermeté. Le Sénégal a une tradition de tolérance qui a permis la coexistence entre les groupes ethniques, entre les communautés religieuses et entre les confréries. Les responsables religieux sénégalais sont connus pour résoudre les conflits, pas pour les attiser, et ils font front ensemble contre toute personne qui voudrait se servir de la religion comme justification à la violence.

Votre génération est celle qui est le plus directement concernée et a le plus intérêt à avoir un avenir sûr, un avenir qui vous permettra de vous concentrer sur vos carrières et vos familles sans crainte du terrorisme.

Dans le cadre du travail de l’Ambassade avec l’Université Cheikh Anta Diop, nous avons eu vent récemment de l’excellent travail effectué par une association d’étudiants appelée Mobilisation pour la Paix et la Consolidation de la Justice en Afrique (MPCA), qui fait la promotion d’une culture pour la paix et la tolérance à l’université. En sensibilisant les étudiants et le public à la menace du terrorisme et en aidant à reconnaître les méthodes de recrutement, ils créent un environnement d’apprentissage sûr et stable. Je suis vraiment impressionné par leur projet, la Caravane du savoir, qui propose des alternatives positives aux jeunes vulnérables et surveille les sites Internet populaires par rapport aux tentatives d’incitation à la haine ou la radicalisation des étudiants. Avec des groupes tels que le MPCA, le Sénégal peut être un modèle dans la région et dans le monde pour son engagement envers la tolérance religieuse.

Mais, comme nous le savons, la lutte contre l’extrémisme violent est compliquée. J’ai déjà parlé de l’amélioration de l’emploi des jeunes et du renforcement de la démocratie. Les sociétés qui sont solides dans ces domaines résisteront mieux aux idéologies de l’extrémisme violent.

Les Droits de L’homme

Toutefois, la lutte contre l’extrémisme violent passe également par la création d’une société porteuse d’espoir et d’opportunité pour les plus vulnérables. Les enfants qui sont forcés de mendier dans les rues sont de toute évidence vulnérables – invisibles au monde extérieur, ils sont vulnérables aux pires formes d’exploitation, y compris par des terroristes.

Aucune société, aucun pays, aucun gouvernement n’est parfait – y compris les Etats-Unis! Aux Etats-Unis, nous avons encore des combats à mener contre la pauvreté et le racisme. Ici au Sénégal, la vue de ces jeunes enfants démunis mendiant dans les rues est un véritable crève-cœur. Aucun enfant ne devrait être forcé à mendier en échange pour ses besoins fondamentaux, tels que la nourriture, l’eau et l’abri.

Je salue les membres du gouvernement et les organisations locales qui travaillent et plaident en faveur des droits de ces enfants. Issa Kouyaté est précisément le genre de personne qui donne foi en l’humanité, par son engagement à mettre un terme à la mendicité forcée et au trafic d’enfants. Il a créé La Maison de la Gare à Saint-Louis, un refuge pour des centaines d’enfants chaque jour et une lueur d’espoir pour des milliers d’autres enfants.

Le centre propose des cours d’alphabétisation, un programme sportif et un enseignement sur l’hygiène de base, des soins médicaux, des ateliers d’art, une formation en apprentissage et bien d’autres choses encore. J’ai eu la chance de rencontrer Issa l’an dernier ; il était allé aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme du département d’Etat pour lutter contre la traite des personnes. Je trouve que l’expression « source d’inspiration » est souvent galvaudée. On devrait la réserver  pour qualifier les personnes vraiment remarquables, et Issa fait clairement partie de ces personnes.

Enfin, je voudrais ajouter que cela fait un peu plus d’un an que je suis au Sénégal et j’ai eu la chance de pouvoir me rendre aux quatre coins de votre magnifique pays, de Saint-Louis à Ziguinchor, de Kédougou à la Vallée du Fleuve  Sénégal. Mais encore plus que la beauté de votre pays, j’ai été vraiment charmé par le peuple sénégalais, dont l’hospitalité et l’amitié ne cessent de m’étonner.

Les histoires d’El Hadji Abou, de Mame et d’Issa ne représentent que quelques exemples parmi les nombreux jeunes que j’ai rencontrés lors de mes déplacements à travers le Sénégal. Votre génération repoussera les limites et demandera davantage. Vous en saurez plus, vous verrez plus de choses et vous aurez accès à plus d’information que moi et, en retour, je sais que vous changerez votre monde. Mais vous devez vous saisir du changement, demander le changement et instaurer le changement.

Pour terminer, je voudrais vous poser une question typique de votre génération des Millennials. Est-ce que vous êtes tous sur Facebook ? Sur Twitter ? Bien. Alors, je voudrais terminer en vous demandant de nous suivre sur nos sites Facebook et Twitter de l’Ambassade (ils sont sous usembassydakar). Nous avons d’ailleurs des cartes de visite sur la table à votre disposition, avec les informations sur les sites de médias sociaux (Facebook et Twitter).

Nous voulons entendre ce que vous avez à dire et partager davantage d’informations sur les Etats-Unis et nos activités ici au Sénégal. Je vais d’ailleurs organiser un chat sur Facebook au mois de juin, donc suivez-nous pour en savoir davantage.

Merci d’avoir été des auditeurs formidables. Je suis impatient à présent de connaître votre avis et de répondre à vos questions.

Jere jef!