Conférence de presse commune du secrétaire Antony J. Blinken et de la ministre des Affaires étrangères sénégalaise Aïssata Tall Sall

Conférence de presse commune du secrétaire Antony J. Blinken et de la ministre des Affaires étrangères sénégalaise Aïssata Tall Sall

Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 20 novembre 2021
Ministère des Affaires étrangères
Dakar, Sénégal

 

EXTRAITS

 

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : On m’a parlé du concept sénégalais de la teraanga. Nous en avons parlé hier soir. Et si je comprends bien, on peut le traduire plus ou moins par l’hospitalité basée sur l’ouverture et le respect. Et c’est une valeur nationale importante et cela en dit long sur le Sénégal. Et je l’ai vue en pratique ces dernières 24 heures.

 

C’est un endroit où des personnes de religions, de langues et de cultures différentes sont unies ici en une seule nation. Et les gens du monde entier y sont traités avec une chaleur incroyable et s’y sentent chez eux. Et j’en suis la preuve ; Je peux en témoigner directement. Alors je vous remercie.

 

J’ai fait l’expérience de la teraanga ici à Dakar. Je remercie le président, la ministre des Affaires étrangères, nos collègues et toutes les personnes avec qui j’ai eu la chance d’être en contact, pour avoir rendu ce voyage déjà si mémorable.

 

Hier, quand nous étions à Abuja, j’ai été au siège de la CEDEAO et j’ai parlé de la politique de l’administration, des États-Unis, en ce qui concerne l’Afrique. S’agissant des défis mondiaux urgents et aussi des opportunités, de la fin de la pandémie de COVID-19 à la construction d’une économie mondiale forte et inclusive, en passant par la lutte contre la crise climatique ou la revitalisation de la démocratie, et de la

défense des droits de l’homme, la réalité est simple : nous ne réussirons pas sans le leadership des gouvernements, des institutions et des citoyens africains.

 

Les États-Unis se sont donc engagés à renforcer notre partenariat sur l’ensemble du continent au service des intérêts de la population ici, au service de nos propres intérêts, et je pense des intérêts des gens non seulement sur le continent, mais en fin de compte dans le monde entier en raison de l’impact que l’Afrique a et aura de plus en plus sur le monde, y compris au-delà du continent – un monde dans lequel les vies et l’avenir seront façonnés en partie par ce que nos pays sont capables de faire ensemble.

 

Et encore une fois, ce n’est pas un hasard si je suis venu au Sénégal juste après ce discours. Le Sénégal et les États-Unis sont en effet amis depuis soixante ans – 60 ans de relations diplomatiques, 60 ans de construction sur le socle commun de la démocratie. Le Sénégal est une démocratie, un moteur de croissance économique en Afrique de l’Ouest, un leader au sein des institutions africaines, un contributeur aux efforts internationaux de maintien de la paix. Et nous apprécions profondément le partenariat entre nos pays, mais nous voulons le porter à un nouveau niveau d’ambition, de mutualité et d’efficacité. Et c’est ce dont nous parlons depuis que nous sommes arrivés ici.

 

Et dans cet esprit, la ministre des Affaires étrangères et moi avons participé à des discussions très productives sur pratiquement toutes les questions critiques auxquelles nous sommes confrontés. Nous avons parlé de notre objectif commun de mettre fin à la COVID-19. J’ai souligné l’engagement des États-Unis à fournir des vaccins contre la COVID au monde. Cette semaine, nous avons franchi un cap : 250 millions de doses de vaccins livrées dans le monde. D’ici le printemps prochain, ce nombre sera supérieur à 1 milliard de vaccins donnés par les États-Unis, principalement via COVAX, sans aucune condition.

 

Nous avons distribué plus de 50 millions de doses à 43 pays africains, dont plus d’un million de doses ici au Sénégal, et nous augmentons considérablement notre capacité de fabrication de vaccins pour répondre aux besoins mondiaux. Nous nous engageons également à aider et à travailler en étroite collaboration avec le Sénégal pour accroître la capacité de production de vaccins ici au Sénégal ainsi que dans d’autres régions d’Afrique, car l’augmentation de la capacité de production mondiale facilite la distribution de vaccins et permet de sauver des vies.

 

Alors même que nous travaillons sur la COVID-19, nous savons que selon toute vraisemblance, il y aura autre chose, une autre pandémie à l’avenir. Nous devons trouver des moyens et nous trouvons des moyens de travailler ensemble pour reconstruire en mieux ici aussi, pour avoir un système mondial de sécurité sanitaire solide afin de pouvoir prévenir – et sinon empêcher, atténuer beaucoup plus efficacement et plus rapidement l’impact de l’émergence de toute pandémie future.

 

Je m’apprête à me rendre à l’Institut Pasteur de Dakar qui travaille à la production de vaccins contre la COVID avec l’aide des États-Unis, en particulier un investissement à ce jour de plus de 3 millions de dollars de notre Société de financement du développement international (DFC).

 

La ministre des Affaires étrangères et moi–même avons également parlé des modalités de réparation des dommages économiques de la pandémie et d’une reconstruction en mieux – je me suis aussi entretenu de ces questions avec le ministre de l’Économie – et d’une reconstruction de sorte à rendre l’économie mondiale plus inclusive. Le Sénégal et les États-Unis consolident leurs liens économiques. Air Sénégal propose désormais un vol direct vers New York. Il y a quelques mois, cela a été établi. Plus d’entreprises américaines font des affaires ici que jamais auparavant, une cinquantaine en ce moment, mais ce nombre est en augmentation, et je suis convaincu que ces liens seront encore renforcés dans les mois et les années à venir.

 

Ce matin même, j’ai assisté à la signature d’accords de collaboration avec le gouvernement sénégalais sur de nouveaux projets d’infrastructure par quatre entreprises américaines. Nous entendons susciter une dynamique d’excellence pour les infrastructures mondiales, remédier aux carences des infrastructures, créer des emplois locaux, en protégeant les travailleurs et l’environnement, réduire la corruption et éviter d’accabler les pays de dettes ingérables.

 

J’ai également annoncé un nouveau programme de 14,8 millions de dollars avec l’USAID pour aider les jeunes et les femmes au Sénégal à accéder à des aides au développement commercial et à des financements, car l’esprit d’entreprise ici au Sénégal est indéniable. Je l’ai vu ce matin lorsque nous avons rencontré le groupe de femmes entrepreneures. C’est palpable et nous voulons faire tout ce que nous pouvons en partenariat pour le faciliter.

 

J’ai également discuté avec la ministre, le président également, du leadership du Sénégal en matière de climat et souligné notre soutien à ses objectifs en matière d’énergies renouvelables et notre engagement en faveur du financement international de l’adaptation et de la résilience climatiques. Et comme l’a dit Madame la ministre, nous avons parlé de la démocratie et des droits de l’homme, et des modalités de notre collaboration pour renforcer nos propres démocraties, mais aussi pour faire face ensemble à certains des reculs démocratiques que nous constatons non seulement dans certaines parties de l’Afrique mais aussi dans de nombreuses régions du monde. Le Sénégal est l’une des démocraties les plus stables du continent et peut montrer que les valeurs démocratiques, la bonne gouvernance et l’état de droit bénéficient concrètement aux citoyens, notamment par le biais d’une économie résiliente et inclusive et d’une société pacifique et pluraliste.

 

Compte tenu du rôle du Sénégal, de son rôle de leader au sein de l’Union africaine – il la présidera l’année prochaine – au sein de la CEDEAO, et en tant que coprésident actuel des Amis du golfe de Guinée, le Sénégal est très bien placé pour contribuer au progrès de la démocratie et de la sécurité en Afrique de l’Ouest, et même sur l’ensemble du continent.

 

Nous avons parlé des crises en Éthiopie et au Soudan et de l’importance d’une gouvernance représentative. Permettez-moi de dire rapidement qu’en Éthiopie, une diplomatie intensive est mise en œuvre sous l’impulsion de l’Union africaine et de son haut représentant, l’ancien président nigérian Obasanjo, avec le soutien des États-Unis, notamment grâce à l’engagement de notre envoyé spécial Jeff Feltman qui est à Addis en ce moment même. Nous continuons de faire pression pour la fin immédiate des hostilités sans conditions préalables et l’accès humanitaire aux millions de personnes dans le nord de l’Éthiopie qui ont besoin d’une aide vitale. Et nous continuons d’exhorter les Américains à quitter le pays par les vols commerciaux, et nous les aidons à le faire.

 

Concernant le Soudan, nous déplorons les violences dont nous avons été témoins de la part des forces de sécurité ces derniers jours. Il faut que cela s’arrête. Le droit du peuple soudanais à manifester pacifiquement doit être protégé. Et nous nous associons au peuple soudanais pour demander le retour au pouvoir du Premier ministre Hamdok et de son gouvernement civil de transition, et la libération de tous ceux qui ont été arrêtés pour avoir exprimé leur opposition à la prise de contrôle militaire. La ministre des Affaires étrangères et moi-même avons convenu de la nécessité de revenir à un gouvernement démocratiquement élu au Mali à la date fixée par la CEDEAO, et d’une transition rapide vers la démocratie en Guinée et au Tchad. Et nous avons réaffirmé un engagement commun en faveur des droits de l’homme, le fondement de la stabilité et du progrès dans tous nos pays.

 

Dans quelques heures, mon équipe et moi-même retournerons à Washington. Cette semaine, au Kenya, au Nigeria et au Sénégal, nous avons participé à des réunions remarquablement productives, des conversations remarquablement productives. Et pour moi, au moins, elles ne sont pas seulement significatives, elles sont aussi assez mémorables. J’attendais ce voyage avec impatience depuis que j’ai pris mes fonctions, et il n’a pas déçu.

 

Notre engagement en faveur du renforcement des partenariats dans l’ensemble de l’Afrique se trouve au cœur de notre politique étrangère car nous savons que le leadership des pays, des institutions et, encore une fois, surtout, des peuples de ce continent sera essentiel pour nous permettre de relever les défis auxquels nous sommes confrontés maintenant, et de saisir les opportunités qui s’offriront à nous. Et comme je l’ai dit hier au Nigeria, nous sommes fermement convaincus qu’il est grand temps de commencer à travailler avec les pays et les institutions d’Afrique comme

les principaux acteurs géopolitiques qu’ils sont devenus. Et la visite que j’ai faite cette semaine témoigne de cette conviction.

 

Et j’attends déjà avec impatience de revenir en Afrique et de poursuivre le travail que nous avons accompli, même si je pense que nous allons le faire chaque jour dans le cadre de nos équipes. Alors merci, Madame la ministre, pour votre partenariat. Et merci au peuple sénégalais pour votre amitié avec les États-Unis depuis 60 ans, et je pense que nous allons faire en sorte que les 60 prochaines années soient encore meilleures. Merci. (Applaudissements.)

 

MODÉRATRICE : Très bien. Merci beaucoup, Monsieur le secrétaire d’État, pour vos propos importants et ce rappel des relations bilatérales fructueuses entre le Sénégal et les États-Unis.

(…)

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Permettez-moi de commencer par dire qu’avant la pandémie de COVID-19, l’économie sénégalaise connaissait une croissance très rapide, d’environ 6 % par an. Et bien sûr, la pandémie nous a tous ramenés en arrière, mais le Sénégal se remet de l’impact économique, et les prévisions sont extrêmement positives, on parle en particulier, je crois, de projections de plus de 10 % de croissance pour le Sénégal d’ici la fin de l’année prochaine.

 

Nos propres investissements au Sénégal ont considérablement augmenté ces dernières années. Nous avons, comme je l’ai dit, 50 entreprises américaines qui opèrent maintenant ici. Mais ce nombre est en augmentation et aujourd’hui même, comme je l’ai mentionné, j’ai assisté à la signature de protocoles d’accord entre le gouvernement sénégalais et quatre de nos entreprises qui investiront ensemble dans d’importants projets d’infrastructure destinés à faciliter les connexions entre les Sénégalais, et ce tout en protégeant notre environnement et créant des emplois de qualité dans nos deux pays, et qui je pense transformeront la vie des gens à l’avenir.

 

À titre de référence, en 2020 – et encore une fois, du fait de la COVID, il faut mettre cela en perspective – nos exportations vers le Sénégal ont totalisé environ 281 millions de dollars, et le commerce bilatéral entre les États-Unis et le Sénégal se montait à environ 400 millions de dollars. Le Sénégal vient de signer un deuxième Millennium Challenge Compact qui, je pense, produira des résultats très importants. Cela date en fait de quelques années, mais il entre en vigueur. Et encore une fois, cela se fait en grande partie par le biais d’investissements dans des infrastructures qui, je pense, changeront profondément la vie des gens.

 

Nous avons l’AGOA, comme vous le savez, qui reste en vigueur pendant encore quelques années jusqu’en 2025. C’est un moyen de faciliter l’accès au marché et

d’accorder un traitement préférentiel aux produits en provenance d’Afrique, le Sénégal peut en bénéficier, et nous continuerons à étudier des moyens de renforcer la relation en matière de commerce et d’investissement.

 

Et enfin, comme l’a dit Madame la ministre, je pense que nous sommes particulièrement enthousiastes, et je sais que c’est aussi le cas de nos collègues au Sénégal, en ce qui concerne l’initiative Build Back Better World lancée lors de la réunion du G7 par le président Biden, et nous y travaillerons ensemble.

 

Et permettez-moi de dire simplement aussi en ce qui concerne le changement climatique, que nous savons que cela ne se fera pas en un tour de main. C’est une transition, et les transitions prennent du temps. Mais je pense qu’il nous appartient à tous d’accélérer le plus possible le passage à l’utilisation des énergies renouvelables et d’effectuer cette transition aussi efficacement et rapidement que possible.

 

Mais les États-Unis comprennent aussi que nous avons une responsabilité. Nous sommes, bien sûr, historiquement, l’un des plus grands contributeurs au problème. Aujourd’hui, nous représentons environ 15 % des émissions mondiales, nous sommes donc toujours l’un des plus gros émetteurs. Nous faisons d’énormes progrès au niveau national pour assumer notre part de la réduction des émissions, mais nous pensons également que nous avons l’obligation d’aider les autres pays, en particulier les pays en développement, à procéder aux adaptations nécessaires et à acquérir la résilience nécessaire face au changement climatique.

 

Ainsi, le président Biden a doublé au printemps dernier notre engagement de contribution aux fonds d’adaptation et de résilience qui existent dans le monde. Il a encore doublé ce chiffre aux États-Unis – aux Nations unies, excusez-moi, à l’Assemblée générale il y a quelques mois. Et nous apporterons les contributions les plus importantes de notre histoire dans le cadre cet effort pour faire en sorte que nos amis des pays en développement disposent des ressources nécessaires pour adapter leurs économies et renforcer leur résilience face aux effets du changement climatique dont nous faisons chaque jour l’expérience. Merci.

(…)

MONSIEUR PRICE : Notre première question est celle de Shaun Tandon de l’AFP.

 

QUESTION : Bonjour. Merci. Merci, Monsieur le secrétaire. Merci, Madame la ministre. Monsieur le secrétaire, puis-je rebondir sur votre déclaration sur le Mali ? Vous avez évoqué la nécessité d’une transition démocratique. La CEDEAO a pris des mesures. Les États-Unis peuvent-ils faire plus pour opérer une transition de la junte vers la démocratie là-bas ?

 

Et les violences au Mali, croyez-vous que l’action des Français en ce moment soit efficace ? Est-ce plutôt un jeu du chat et de la souris avec les extrémistes ? Les États-Unis, bien sûr, ont dialogué avec les talibans en Afghanistan. Parallèlement, doit-on dialoguer avec les djihadistes au Mali ? Est-ce quelque chose que les États-Unis pourraient envisager ?

 

Et si je peux poursuivre, vous avez parlé à plusieurs reprises ici des valeurs démocratiques au Sénégal. Comme vous le savez, c’est la réputation du Sénégal, mais il y a aussi eu quelques – de rares troubles cette année après l’arrestation d’un leader de l’opposition. Êtes-vous préoccupé de manière quelconque en ce qui concerne le maintien de cette réputation par le Sénégal ? Dans quelle mesure y a-t-il, le cas échéant, des inquiétudes à cet égard ?

(…)

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Merci, Shaun. Permettez-moi de commencer par la deuxième partie de votre question et de dire simplement que, vous voyez, le Sénégal est depuis longtemps un modèle démocratique solide en Afrique subsaharienne – une longue histoire de valeurs démocratiques, de passations pacifiques du pouvoir, de respect de l’état de droit, de liberté religieuse, de tolérance, de protection et de respect des droits de l’homme – des valeurs qui sont aussi les nôtres bien entendu. Comme toutes les démocraties, y compris les États-Unis, nous ne pouvons pas considérer que cela va de soi, le Sénégal ne peut pas considérer les normes et institutions démocratiques comme définitivement acquises, et doit continuer à travailler pour protéger les libertés démocratiques et l’espace politique pour des perspectives diverses.

 

Mais, de mes conversations avec le président, il ressort qu’il est un leader fort pour la démocratie, pour les valeurs démocratiques, pour les institutions démocratiques. Et nous nous félicitons du rôle que lui et le Sénégal joueront au sein de l’Union africaine l’année prochaine au niveau de sa direction, notamment au service de la défense de la démocratie et de sa résilience, ainsi que du rôle qu’il jouera au Sommet pour Démocratie que le président Biden va accueillir très, très bientôt.

 

Quant au Mali, il reste un pivot pour la stabilité future du Sahel. Et nous sommes profondément préoccupés par cette stabilité et par l’extrémisme et le terrorisme qui étendent leurs tentacules dans la région. Nous nous associons à la CEDEAO et la communauté internationale pour appeler au retour du Mali à l’ordre constitutionnel par le biais d’élections démocratiques qui doivent avoir lieu, selon le mandat de la CEDEAO, d’ici avril de l’année prochaine. C’est ce que nous attendons. C’est ce que nous souhaitons.

 

Et il s’agit en définitive du peuple malien et de ses aspirations à la démocratie, ses aspirations à la paix, ses aspirations au développement et au respect des droits

humains. Et nous sommes impatients de prendre les mesures nécessaires pour rétablir toute la gamme des aides dès que ce gouvernement démocratiquement élu aura pris ses fonctions. La communauté internationale est tout à fait prête à soutenir le Mali, mais il doit se mettre sur la voie de la transition définie par la CEDEAO. Nous contribuons aux efforts avec le Mali et ses partenaires pour favoriser la stabilité au Mali, et en fait dans l’ensemble du Sahel. Nous travaillons pour encourager le rétablissement de la sécurité pour le peuple malien et une transition réussie vers une gouvernance démocratique au Mali.

 

J’ajouterai seulement que je pense qu’il serait particulièrement regrettable que des acteurs extérieurs rendent les choses encore plus difficiles et compliquées, et je pense notamment à des groupes comme le Groupe Wagner au Mali. Mais nous attendons que le Mali progresse sur la voie de sa transition, et nous travaillerons très étroitement avec des partenaires en Afrique, avec d’autres partenaires, dont la France, dans le cadre de cet effort.

(…)

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Nous nous efforçons fermement de faire en sorte, encore plus qu’auparavant, de réunir tous les outils à notre disposition au sein du gouvernement des États-Unis pour être un partenaire d’investissement efficace et un catalyseur d’investissements pour l’Afrique et pour nos partenaires les plus proches en Afrique. Il y a un besoin extraordinaire d’investissements dans les infrastructures en particulier – des milliers de milliards de dollars. Et le modèle que nous avons est largement axé sur les partenariats public-privé, le gouvernement aidant à catalyser et à favoriser l’investissement privé en partenariat avec nos amis. Et nous disposons de nouveaux outils de plus en plus efficaces à cet effet, en particulier la Société de financement du développement (DFC).

 

L’une de nos responsabilités consiste à nous assurer que tous ces outils – les outils existants, certains des outils traditionnels que vous avez mentionnés, ainsi que certains des plus récents – fonctionnent efficacement ensemble. Et nous avons participé à de très bonnes conversations aujourd’hui, notamment avec le ministre de l’Économie, à ce sujet, précisément.

 

Et je tiens aussi à m’assurer que nous travaillions efficacement pour qu’il ne faille pas une éternité pour mettre les investissements en place. C’est donc quelque chose sur lequel nous travaillons, et en particulier, comme l’a dit Madame la ministre, dans le cadre du programme Build Back Better World, nous entendons nouer des partenariats pour ces investissements ici, et ailleurs en Afrique.

 

Permettez-moi de dire aussi que cette interconnectivité en Afrique est particulièrement vitale et nécessaire, mais aussi que je pense qu’il s’agit d’une formidable opportunité. Voici pourquoi : sur ce continent extraordinaire en ce

moment, alors que dans 25 ou 30 ans une personne sur quatre sur Terre sera africaine, cette connectivité n’existe pas vraiment. Je pense qu’environ 13 ou 14 pour cent du commerce se fait à l’intérieur de l’Afrique. Cela peut, cela devrait, cela doit être beaucoup plus. Mais pour cela il faut une infrastructure, la connectivité, pour faciliter le commerce. Nous voulons donc être un partenaire à cet effet.

 

Enfin, il ne s’agit pas seulement de la quantité de ressources que vous fournissez ; c’est la façon dont vous les fournissez qui compte. Et Build Back Better World n’est pas seulement un engagement à consacrer des ressources à l’investissement dans les infrastructures, les infrastructures lourdes, les infrastructures de santé, les infrastructures de technologies de l’information et des communications, mais ce sont les principes qui les accompagnent. Et j’en ai mentionné quelques-uns – s’assurer que nous ne surchargeons pas les pays de dettes qu’ils ne peuvent pas supporter. Nous ne nous livrerons pas – nous ne nous livrons pas et nous ne nous livrerons pas à ces pratiques. Parce que les pays sont alors finalement confrontés à un choix terrible pour rembourser cette dette, soit prendre de l’argent ailleurs et négliger un autre aspect des besoins de leur société, soit laisser le pays prêteur des fonds s’approprier soudainement l’actif. Ce n’est pas ce que nous allons faire.

 

Les investissements que nous réalisons en partenariat profiteront aux communautés auxquelles elles sont destinées. Les travailleurs ainsi employés seront issus des communautés et des pays concernés. Les droits des travailleurs, le respect de l’environnement, seront intégrés à tout ce que nous faisons. Et nous veillerons également à ce que la corruption n’y ait aucune place.

 

En quelques mots, cela veut dire que lorsque nous examinons les investissements dans les infrastructures et plus largement les investissements dans tous les domaines, notre objectif, le principe directeur, est le nivellement par le haut. Et si d’autres pays veulent pratiquer ce type de concurrence au niveau des investissements, tant mieux. Nous l’encourageons. Le monde a besoin de plus d’investissements dans les infrastructures.

 

Mais dans notre – de notre point de vue, cela doit être conforme aux normes les plus élevées possibles et non un nivellement par le bas. Nous avons vu où cela mène. Et juste pour – comme nous dirions, marquer le coup – souligner quelque chose que mon amie a dit et redit avec tant d’éloquence, mais je veux le répéter parce que c’est vraiment important : notre but n’est pas de faire choisir nos partenaires ; c’est de leur donner des choix. Et quand les gens ont le choix, ils font généralement le bon.

 

(…)

 

MONSIEUR PRICE : Michael Crowley du New York Times.

QUESTION : Monsieur le secrétaire Blinken, pendant des années, les responsables américains ont souvent admis que les États-Unis ne prêtaient pas assez d’attention au continent africain, dit qu’ils allaient changer cela et que cette fois ce serait différent. Pensez-vous que l’on prenne pour argent comptant cette promesse d’engagement que vous avez faite lors de ce voyage ? Avez-vous rencontré du scepticisme, compte tenu notamment de la grande incertitude quant à l’avenir de la politique américaine et de la politique étrangère des États-Unis ?

Et si je peux vous poser une question sur une autre région faisant intervenir la Russie, la semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que les États-Unis ne prenaient pas assez au sérieux les lignes rouges stratégiques de la Russie. Il s’est spécifiquement plaint des bombardiers stratégiques américains en vol à proximité de l’espace aérien russe. Que répondez-vous à cela ? Et quelles sont les lignes rouges de l’Amérique en ce qui concerne l’agression russe contre l’Ukraine ?

Madame la ministre des Affaires étrangères, merci. Une question en relation avec ma première question pour vous : Que pensez-vous de la réputation et de l’influence de l’Amérique en Afrique ? On parle beaucoup du recul du rôle de leader mondial de l’Amérique au cours des dernières années, et bien sûr, des points de vue très divergents au sein des États-Unis sur la politique étrangère américaine. Que pensez-vous de l’appel du secrétaire Blinken à un réengagement sur le continent ? Pensez-vous qu’il y aura un suivi à long terme de cette vision ? Merci.

 

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Michael, merci beaucoup, et dans un sens, la question que vous avez posée à ma collègue donnera probablement lieu à la réponse à la première question que vous m’avez posée. Et je vais la laisser en parler, car honnêtement, c’est de là que viennent les réponses.

Je me contenterai de dire ceci : ma propre perception des conversations que j’ai eues ici au Sénégal – avec Aïssata, avec le président Sall et avec d’autres, ainsi qu’au Nigeria et avant cela au Kenya – est un enthousiasme formidable, un accueil chaleureux à ce réengagement américain et cette redynamisation de nos relations en Afrique. Et pas seulement cela ; un accueil chaleureux je pense aux modalités de sa conception par le président Biden, que j’ai essayées de présenter dans le discours que nous avons prononcé à Abuja l’autre jour, reposant véritablement sur le partenariat et sur le sentiment que, comme je l’ai dit, nous devons travailler ensemble si nous voulons réellement relever les défis auxquels nos propres populations doivent faire face.

Et l’Afrique, dans la mesure où une personne sur quatre sur Terre sera africaine, comme je l’ai dit, dans les 25 ou 30 prochaines années, n’est pas seulement le partenaire nécessaire, c’est aussi un partenaire qui présente un potentiel et des opportunités énormes si nous faisons les choses correctement. Mais nous devons être jugés sur ce que nous faisons, pas simplement sur mes paroles. Et donc voyons au cours des prochains mois et années à venir ce que sont nos résultats sur le programme que j’ai essayé de présenter l’autre jour.

En ce qui concerne la Russie et l’Ukraine, écoutez, je dirai simplement ceci. Comme vous m’avez entendu le dire ainsi que d’autres membres de l’administration au cours de ces dernières semaines, nous sommes vraiment préoccupés par l’activité militaire de la Russie à la frontière avec l’Ukraine. Certaines des rhétoriques que nous voyons et entendons de part de la Russie ainsi que sur les sociaux suscitent chez nous de réelles inquiétudes. Nous ne savons pas quelles sont les intentions du président Poutine, mais nous savons ce qui s’est passé dans le passé. Nous connaissons le scénario qui consiste à essayer de faire état d’une provocation illusoire de la part de l’Ukraine ou de tout autre pays pour s’en servir d’excuse pour faire ce que la Russie a l’intention de faire depuis le début.

 

Et donc à la suite de ce que nous avons vu, à la suite de ce passif, nous sommes en consultation très étroite avec des partenaires dans toute l’Europe. Et je peux vous dire que ces préoccupations sont largement partagées et qu’elles font l’objet de beaucoup d’attention, et je n’en dirai pas plus.

 

Et avant de passer le micro à mon amie, je pense, et alors que nous concluons cette conférence de presse, permettez-moi simplement de dire qu’en présence de Madame la ministre des Affaires étrangères et à son écoute, je pense que vous pouvez tous comprendre pourquoi elle était une avocate aussi extraordinaire avant d’accéder au poste de ministre des Affaires étrangères.

 

 

Voir le contenu d’origine : https://www.state.gov/secretary-antony-j-blinken-and-senegalese-foreign-minister-aissata-tall-sall-at-a-joint-press-availability/

 

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.