Les communautés et les autorités locales au Sénégal travaillent ensemble pour mettre fin à la mendicité des enfants

(Un texte de l’UNODC – Office des Nations Unies contre la drogue et le crime)

La mendicité forcée des enfants est l’une des principales formes de traite au Sénégal. Des milliers d’enfants, communément appelés « talibés », sont obligés de mendier à travers le Sénégal dans le cadre de leurs études islamiques dans des écoles (daaras) dirigées par des enseignants coraniques. Nombre de ces enfants sont souvent victimes de la traite entre le Sénégal et des pays voisins comme la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et le Mali. Une étude menée en 2018 par l’ONG Global Solidarity Initiative a révélé qu’il y avait actuellement environ 183 835 enfants talibés dans la seule région de Dakar, dont 27 943 enfants mendiant de force. Les enfants talibés constituent l’une des populations les plus vulnérables de l’Afrique de l’Ouest, souvent isolés de leurs familles, séparés de leurs communautés et sujets de recrutement par des groupes extrémistes. Des cas de talibés recrutés de force par des groupes militants armés au Mali voisin ont également été documentés. Au Sénégal, ils sont confrontés à des problèmes d’abus et d’exploitation débridés malgré la loi de 2005 interdisant la mendicité forcée et la traite, et les dispositions du code pénal incriminant toute maltraitance et toute négligence physiques délibérées.

Pour remédier à cette situation, l’UNODC, en collaboration avec l’USAID et plusieurs municipalités de Dakar, a lancé en 2014, un projet contre la mendicité des enfants appelé Zéro mendicité. Le projet soutient la mise en œuvre d’initiatives locales visant à réduire et à éliminer la mendicité des enfants dans les municipalités ciblées autour de Dakar. Par conséquent, le projet soutient les cadres juridiques locaux contre la mendicité des enfants, améliore la collecte de données sur la mendicité et la traite des enfants, met en place des mécanismes de prise en charge communautaires et sensibilise la communauté et les autorités locales à la question.

Grâce à la mise en œuvre réussie de la première phase du projet Zéro mendicité, la mendicité des enfants a été réduite de 50% dans les municipalités de Médina et de Gueule Tapée Fass Colobane depuis 2016. Suite à ce succès, le 27 février 2018, l’UNODC, l’USAID et Les municipalités de Médina, Gueule Tapée Fass Colobane, Diameguene Sicap Mbao et Pikine Nord ont conjointement lancé la phase II du projet à Pikine Nord. L’élargissement de la portée géographique du projet permet aux autorités de lutter contre la mendicité des enfants, tant dans les municipalités d’origine (Diameguene-Sicap Mbao et Pikine Nord) que dans les municipalités où elles sont amenées à mendier (Médina et Gueule Tapee Fass Colobane).

Plus important encore, le projet adopte une approche intégrée incluant tous les acteurs concernés – la communauté, la société civile, les autorités locales et les maîtres coraniques – et renforce la lutte contre la mendicité et l’exploitation des enfants de manière à promouvoir le respect des droits fondamentaux, ainsi que l’accès des enfants aux services de soins, à la protection, à l’éducation et à la réintégration.

L’élimination de la mendicité forcée est un élément clé de la cible 8.7 des ODD qui appelle à mettre un terme au travail des enfants sous toutes ses formes d’ici à 2025. La mendicité forcée des talibés provoque d’immenses souffrances chez ces enfants privés de leur enfance et de la protection de leur famille, société et, plus généralement, de l’État. Par conséquent, ce projet contribue également à la mise en œuvre de la cible 16.2 des ODD, relative à la lutte contre les abus, l’exploitation et la traite, ainsi que toutes les formes de violence et de torture à l’encontre des enfants.