Table ronde sur la Stratégie nationale de sécurité – Allocution de Son Excellence Dr. Tulinabo Mushingi, Radison 6 août 2018

Allocution d’ouverture de l’Ambassadeur des États-Unis Dr Tulinabo Mushingi
Table ronde sur la Stratégie nationale de sécurité
6 août 2018 

 

(Telle que préparée)

Monsieur le Ministre des Forces Armées,
Monsieur le Chef d’Etat-major particulier du Président de la République,
Monsieur le Directeur du Centre des Hautes Etudes de Défense et de Securité,
Mesdames, Messieurs,

Bonjour, soyez les bienvenus à Dakar. Je suis ravi d’être ici aujourd’hui pour participer au coup d’envoi de cet évènement dont on ne saurait sous-estimer l’importance. Le Centre d’Etudes stratégiques de l’Afrique, sous l’égide de la National Defense University, a préparé un programme exceptionnel pour la semaine et je sais qu’il sera d’une très grande valeur pour chacun de vous lorsque vous retournerez dans vos pays respectifs avec les messages et les leçons de cet atelier.

En effet, l’élaboration et la mise en œuvre d’une Stratégie nationale de sécurité est essentielle à la réalisation des objectifs de sécurité d’un pays. Les pays ne disposant pas d’un tel document d’orientation, ou ayant un document qui n’est pas aligné avec leurs défis en matière de sécurité, ont souvent des difficultés à mettre en œuvre une politique cohérente. Dans la plupart des pays, il existe une grande disparité des secteurs et des agences dotées de responsabilités dans le domaine de la sécurité, ce qui crée un environnement complexe au sein duquel des solutions aux questions relatives à la sécurité doivent être trouvées. Cette complexité rend nécessaire la formulation d’un document stratégique d’orientation.

L’objectif de cet atelier est de permettre aux participants de déterminer cette orientation et, au final, de créer un cadre pour la stratégie nationale de sécurité qui s’avèrera utile pour la mise en place et l’exécution de la politique en matière de sécurité, dans le respect de la spécificité de chaque pays. Ainsi, cet atelier examinera plusieurs questions, notamment dans quelle mesure la formulation de la stratégie nationale de sécurité est liée au leadership stratégique, les questions de la gestion des ressources, la prise en compte du contrôle civil et la nécessité de partenariats extérieurs. Toutefois, dans le contexte de la présente allocution d’ouverture, je pense qu’il est important que nous parlions du « pourquoi » avant de commencer à discuter du « comment ». Je ne parle pas des raisons pour lesquelles les Stratégies nationales de sécurité sont nécessaires – je pense que personne ici ne remet en question leur valeur – je me demande plutôt pourquoi il est si difficile de rédiger et d’appliquer une stratégie qui marche.

À mon avis, la difficulté – et je pense que vous vous en apercevrez dans la première phase du programme – concerne deux aspects:  l’établissement des priorités et la répartition du travail. Tout d’abord, un pays doit avoir une appréhension complète de ses menaces et de ses atouts en matière de sécurité et, une fois ceux-ci identifiés, il doit fixer les priorités pour établir une stratégie efficace. Même au sein de la région ouest-africaine, les questions de sécurité ne sont pas homogènes, et quand bien même une question ressort dans plusieurs pays, chaque pays va (et doit) généralement établir ses priorités et avoir un plan de lutte différent.

Deuxièmement, et non moins important, il faut arriver à une répartition équitable des tâches au sein de l’administration. On revient alors à la complexité de l’environnement dans lequel ces problèmes et ces questions surgissent. Comment le travail est-il réparti entre les nombreuses institutions et agences gouvernementales de façon à s’assurer que les budgets et les structures du pouvoir sont pris en compte, tout en ayant un mécanisme de réponse aussi rationnel et efficace que possible ?

Les administrations créent des agences concurrentes qui peuvent devenir rivales pour les questions qu’elles perçoivent comme relevant de leurs attributions. Ce ne relève pas d’un problème structurel, ni d’un défaut institutionnel, c’est plutôt une question de nature humaine : nous sommes persuadés que nous comprenons mieux ce que nous faisons et que nous pouvons le faire mieux que les autres. Jusque-là, il n’y a rien de mal dans cette idée, car elle peut engendrer un sentiment d’appropriation, mais au final, sans la reconnaissance que la sécurité nationale est un effort d’équipe qui nécessite la collaboration de nombreuses agences, aucune stratégie ne sera couronnée de succès.

Le défi que vous allez relever cette semaine est de fixer les priorités de votre pays et de déterminer la répartition optimale du travail – qui peut être sensiblement impactée par la formulation de la stratégie. La réussite que vous connaitrez dans l’accomplissement de ces tâches contribuera en grande partie à la pertinence et au succès de la stratégie nationale de sécurité de votre pays.

Vous avez certainement entendu parler récemment du slogan d’AFRICOM “by, with and through”[1], que l’on pourrait traduire ainsi en français : « par, avec et via » nos alliés et partenaires. Cet atelier illustre parfaitement la signification de cet esprit dans la pratique. Nous, les États-Unis, sommes heureux de faciliter les débats qui devraient aboutir à l’élaboration d’une stratégie réalisable. Toutefois, nous ne ferons pas de recommandations spécifiques sur les parties de la formulation d’un document stratégique pertinentes pour votre pays. Il vous appartient, en tant qu’experts des questions de sécurité de vos pays respectifs, de faire ces recommandations.

Je vous invite à participer à cet atelier en gardant à l’esprit l’importance de la hiérarchisation des priorités et les défis qui se présenteront dans l’application de la répartition du travail dans votre pays. Cela permettra de contribuer à l’élaboration d’une stratégie nationale de sécurité qui corresponde aux besoins spécifiques de votre pays en matière de sécurité et de garantir que la stratégie que vous mettez en place fait une utilisation optimale des ressources disponibles dans votre pays.

Merci de votre attention. Je vous souhaite une très bonne semaine et un atelier productif.